Si les alliances conjoncturelles sont courantes en période de compétition électorale, les alliances contre nature demeurent les plus préoccupantes. Ces pactes, dont la portée n’a d’égale que l’ambition de leurs signataires, reposeraient sur des promesses de postes électifs ou de nominations au détriment des intérêts et du libre choix de la population.
Malgré les inquiétudes persistantes liées à l’insécurité, le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé maintient sa volonté d’organiser les élections avant la fin de l’année. Certains observateurs estiment toutefois que cette détermination s’accompagnerait d’une stratégie visant à favoriser le camp proche du pouvoir.
Le Conseil électoral provisoire (CEP) poursuit, de son côté, son calendrier en vue des élections prévues pour la fin de l’année 2026. L’institution a officiellement lancé l’ouverture de plusieurs centres d’inscription des électeurs dans des communes du département de l’Ouest relativement contrôlées par les forces de l’ordre. Elle a également clôturé, le 31 juillet 2026, la période d’inscription des groupements et regroupements politiques.
Parmi les structures enregistrées, une plateforme attire particulièrement l’attention des observateurs. Baptisée Viktwa, elle est présentée comme une coalition susceptible de peser fortement sur les prochaines élections, voire d’influencer la composition d’un éventuel futur gouvernement. Selon une source proche du dossier, cette plateforme regrouperait plus d’une cinquantaine de partis politiques et bénéficierait d’un financement dépassant les 500 millions de gourdes, avec une contribution estimée à au moins 2,5 millions de gourdes par parti signataire.
D’après un document parvenu à notre rédaction, des partis tels que KONA de Joseph Lambert, AAA de Youry Latortue, Renmen Ayiti de Jean Henry Céant, ainsi que CADOHA et Fòs 50 figuraient parmi les signataires. Sous réserve d’éventuelles dissensions internes, ces formations politiques pourraient faire front commun aux côtés de l’équipe au pouvoir.
Cette structure, anciennement dénommée Solidarite Pèp Ayisyen (SOPA), aurait été mise en place par Wilner Joseph, conseiller spécial du Premier ministre. Pour certains observateurs, cette initiative traduirait la volonté de membres de l’équipe gouvernementale d’exercer une influence sur l’issue des prochaines élections.
Ces développements illustreraient, selon les critiques du pouvoir, un décalage entre le discours officiel du chef du gouvernement et les démarches politiques qui lui sont attribuées. Ils estiment que l’organisation des prochaines élections constituerait une priorité destinée à renforcer la légitimité de l’exécutif, alors que les efforts en matière de sécurité demeurent insuffisants. À leurs yeux, le gouvernement privilégierait le calendrier électoral au détriment des politiques publiques nécessaires pour rétablir durablement la sécurité.
À cette étape charnière de l’histoire du pays, l’organisation d’élections crédibles demeure indispensable pour favoriser un retour à l’ordre constitutionnel et institutionnel. Toutefois, l’instauration d’un climat sécuritaire sur l’ensemble du territoire national apparaît comme une condition essentielle à la tenue de scrutins inclusifs et crédibles. Un éventuel échec du processus électoral pourrait avoir des conséquences importantes sur la stabilité du pays et contribuer à l’aggravation de la crise actuelle.
Olivier Louis Jacques Avril





Leave a Reply