Face aux importants besoins d’Haïti en infrastructures, une réforme ciblée des réserves obligatoires pourrait dégager des ressources pour soutenir la production nationale et l’emploi. Les banques commerciales doivent immobiliser à la Banque de la République d’Haïti (BRH) 40 % de leurs ressources en gourdes et 53 % de celles en dollars, selon les coefficients présentés dans cette proposition. Si ce dispositif contribue à la stabilité monétaire, il réduit aussi les ressources disponibles pour le crédit. La baisse de l’inflation à 17,5 % en juillet 2026, des réserves de change avoisinant 1,9 milliard de dollars et la relative stabilité de la gourde offriraient un contexte propice à l’examen d’un assouplissement encadré.
La réforme proposée privilégierait des allègements conditionnés aux prêts accordés à huit secteurs prioritaires : l’énergie, le stockage énergétique, la logistique, les ports, le numérique, l’agriculture, l’industrie et le logement. Pour chaque gourde prêtée à ces activités, une gourde de réserve serait libérée, dans une limite de dix points de pourcentage, permettant de ramener le coefficient en gourdes de 40 % à 30 %. Les financements dépassant sept ans bénéficieraient de conditions plus avantageuses, avec un plafonnement des taux d’intérêt et la possibilité pour plusieurs banques de financer conjointement les grands projets.
Ce mécanisme permettrait d’articuler les incitations sectorielles existantes, notamment celles prévues par les circulaires 108 et 130 de la BRH, autour d’une stratégie commune de financement productif. L’expérience dominicaine, qui a mobilisé en juin 2025 des réserves obligatoires pour soutenir plusieurs secteurs avec des taux plafonnés à 9 %, constitue une référence évoquée dans la proposition. Pour limiter les risques inflationnistes et les pressions sur le change, les ressources seraient libérées progressivement, par tranches de deux à trois points par semestre, avec une suspension automatique en cas de dépassement d’un seuil prédéfini. Les financements en dollars seraient réservés aux activités capables de générer ou d’économiser des devises.
Les banques conserveraient la responsabilité des risques de crédit et pourraient perdre les allègements obtenus en cas de dégradation de leur portefeuille ou d’utilisation non conforme des financements. Sans prévoir de nouvelles taxes, d’emprunt extérieur supplémentaire ni d’allocation budgétaire additionnelle, cette démarche chercherait à mieux mobiliser les ressources déjà présentes dans le système bancaire. Son objectif serait de concilier stabilité monétaire et investissement de long terme, afin de renforcer les infrastructures et les capacités productives du pays.
Valéry Félix
fvalery751@gmail.com





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