L’économie haïtienne s’achève en 2025 sur une note particulièrement critique, marquée par une septième année consécutive de récession. Le produit intérieur brut (PIB) à prix constants s’est contracté de 2,8 %, tandis que l’inflation annuelle a dépassé la barre des 30 %, accentuant la détérioration du pouvoir d’achat des ménages. Cette dégradation économique s’inscrit dans un contexte de crise sociale et sécuritaire profonde, touchant plus de la moitié de la population, malgré quelques efforts institutionnels visant à stabiliser les équilibres macroéconomiques. Dans ce climat, les inquiétudes demeurent vives et les perspectives économiques pour l’année 2026 apparaissent particulièrement incertaines.
Depuis 2018, Haïti n’a enregistré aucune croissance positive de son PIB réel. Sur la période 2018-2025, l’économie haïtienne a enchaîné exclusivement des taux de croissance négatifs, estimés respectivement à –1,7 %, –3,3 %, –1,8 %, –1,7 %, –1,9 %, –4,2 % et –2,8 % pour les exercices 2018-2019 à 2024-2025. Cette succession de contre-performances traduit une récession prolongée et quasi ininterrompue. En 2025, le PIB à prix constants est estimé à 552 milliards de gourdes, contre 568 milliards de gourdes en 2024, confirmant la poursuite du recul de l’activité économique. Plus largement, entre 2018 et 2025, le PIB réel s’est contracté de plus de 16 %, soit une perte cumulée d’environ 106 milliards de gourdes en valeur constante, illustrant l’ampleur de l’érosion de la capacité productive du pays.
Parallèlement, l’économie haïtienne continue de faire face à une forte pression inflationniste qui affecte considérablement le pouvoir d’achat des ménages. Selon la dernière note mensuelle de la Banque de la République d’Haïti (BRH), le taux d’inflation annuel a atteint 32,2 % en octobre 2025, plaçant Haïti parmi les pays les plus inflationnistes de la Caraïbe et de l’Amérique latine. Comparée à octobre 2024, l’inflation a ainsi accéléré de 6,9 points de pourcentage. En revanche, sur une base mensuelle, l’inflation a légèrement décéléré, passant de 1,8 % en septembre 2025 à 1,5 % en octobre 2025, soit une baisse de 0,3 point de pourcentage. Bien que ce ralentissement mensuel constitue un signal modérément encourageant, il demeure insuffisant pour compenser la hausse soutenue des prix observée au cours des cinq dernières années.
Les comptes externes constituent l’un des rares points d’ancrage de la stabilité macroéconomique. Les transferts de fonds de la diaspora, estimés à plus de 3 milliards de dollars en 2025, soit plus de 20 % du PIB, continuent de jouer un rôle central dans le soutien à la consommation intérieure et l’alimentation des réserves de change de la banque centrale. Ces réserves, équivalant à plus de six mois d’importations, ont contribué à stabiliser le taux de change et à limiter les tensions sur la balance des paiements, malgré un déficit commercial structurel important et persistant.
Sur le plan budgétaire, les finances publiques affichent une stabilité relative, obtenue toutefois au prix d’une forte compression des dépenses d’investissement. Les recettes fiscales, représentant moins de 10 % du PIB, demeurent les plus faibles de la région caraïbe, réduisant considérablement la capacité de l’État à jouer un rôle contracyclique. Le secteur bancaire et financier, généralement rentable, a enregistré de bonnes performances au cours de l’exercice fiscal 2024-2025, avec une progression de l’actif de 9,1 % et une augmentation des dépôts totaux de plus de 2,5 %. Malgré ces résultats positifs, le secteur reste prudent face au risque économique, caractérisé par des taux d’intérêt élevés et un environnement marqué par l’insécurité, ce qui limite l’accès au crédit pour les entreprises et les ménages.
En dépit de ces indicateurs financiers relativement favorables, l’année 2025 a été dominée par des performances économiques globalement négatives, plongeant le pays dans une spirale d’instabilité. Cette situation s’explique principalement par une insécurité persistante, qui accroît les coûts de transaction, perturbe les circuits de distribution et décourage l’investissement privé.
À partir des indicateurs observés en 2025, les perspectives économiques pour 2026 apparaissent fragiles et fortement conditionnelles. La relative stabilisation de l’inflation, du taux de change et des réserves internationales pourrait conduire à une stagnation prolongée, voire à une croissance très faible, en l’absence de chocs négatifs majeurs. Toutefois, l’absence de moteurs internes de croissance, la dépendance élevée aux transferts de la diaspora et la faiblesse chronique des recettes publiques exposent l’économie à des risques significatifs. Une détérioration du contexte sécuritaire, une hausse des prix internationaux ou un ralentissement des flux financiers pourrait rapidement remettre en cause les équilibres observés.
Ainsi, l’économie haïtienne en 2025 ne s’effondre pas, mais demeure structurellement affaiblie. Les chiffres traduisent une économie maintenue à flot par des facteurs externes et des ajustements macroéconomiques défensifs, sans véritable dynamique de croissance endogène. Les perspectives pour 2026 restent incertaines et dépendront avant tout de la capacité du pays à transformer cette fragile stabilité en un environnement plus propice à l’investissement, à la production et à la création de richesse.
Frantz VILSENAT
Économiste, MAP





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