Flash Sale! to get a free eCookbook with our top 25 recipes.

Contrat controversé au BMPAD : quand les mécanismes de contrôle vacillent

L’affaire impliquant le Bureau de Monétisation des Programmes d’Aides au Développement (BMPAD) et la société JP HAITRANS LLC, autour d’un contrat de 2,76 millions de dollars américains, dépasse le simple cadre d’une irrégularité administrative. Elle s’inscrit dans une problématique plus large : celle de l’affaiblissement progressif des mécanismes de contrôle dans la gestion des finances publiques en Haïti.

Au cœur du dossier, une dépense engagée pour des services de transport maritime dont la matérialité reste sujette à caution, et surtout, une procédure contractuelle qui semble avoir été conduite en marge des normes légales. La correspondance du 19 novembre 2020, par laquelle le BMPAD sollicitait un paiement direct auprès du Ministère de l’Économie et des Finances, illustre une tendance préoccupante à contourner les garde-fous institutionnels, notamment le rôle de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA).

Mais au-delà de l’irrégularité ponctuelle, ce dossier révèle une défaillance structurelle. Lorsqu’un contrat public peut être envisagé, voire exécuté, sans contrôle préalable effectif, c’est tout le principe de légalité administrative qui vacille. L’absence apparente de mise en concurrence, en contradiction avec les exigences du décret du 17 mai 2005 sur les marchés publics, renforce l’idée d’un système où les règles existent davantage sur le papier que dans la pratique.

Cette dérive est d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne d’une confusion des rôles dans la chaîne de dépense publique. Le fait pour une institution comme le BMPAD de chercher à obtenir un paiement en dehors du circuit normal laisse entrevoir une banalisation des entorses aux principes de séparation des fonctions, pourtant essentiels à toute gestion saine des deniers publics.

Les révélations du journaliste Romanès Samedi, le 23 mars 2026, viennent donner une profondeur temporelle à cette affaire. En s’appuyant sur une correspondance datée du 25 février 2022, relative à des factures faisant suite à une lettre du 31 octobre 2019, elles mettent en évidence une chronologie inversée, où les engagements semblent précéder les validations requises. Une telle pratique, si elle est avérée, témoigne d’un dysfonctionnement grave dans la gouvernance administrative.

Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir si un contrat est fictif ou irrégulier, mais de comprendre comment un tel processus a pu se développer sans être immédiatement stoppé par les institutions de contrôle. Ce silence ou cette inefficacité interroge sur la capacité réelle des organes de régulation à remplir leur mission dans un environnement où les pressions politiques et administratives peuvent être fortes.

L’affaire BMPAD apparaît ainsi comme le symptôme d’un mal plus profond : celui d’un État où les procédures sont contournées avec une relative facilité, et où la reddition de comptes peine à s’imposer comme une norme incontournable.

Dans ce contexte, la restauration de la confiance passe inévitablement par un renforcement effectif des institutions de contrôle, une application stricte des lois existantes et, surtout, par la sanction des pratiques déviantes. Sans cela, les scandales risquent de se succéder, sans jamais produire les réformes structurelles qu’ils appellent pourtant avec urgence.

Dieunel Bellegarde