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Haïti : quand l’instabilité politique devient une stratégie de pouvoir

À l’approche de l’échéance
symbolique du 7 février 2026, la scène politique haïtienne est de nouveau secouée par de vives turbulences. Des manœuvres au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT) visant à écarter le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ravivent les inquiétudes quant à la capacité des dirigeants actuels à conduire le pays vers la stabilité tant espérée.

Ces initiatives, menées par plusieurs conseillers-présidents, s’inscrivent dans un contexte déjà marqué par une crise sécuritaire aiguë, une gouvernance fragile et une profonde défiance de la population à l’égard de la classe politique. Pour de nombreux observateurs, elles illustrent une constante de la vie politique nationale : l’instabilité comme outil de repositionnement et de négociation du pouvoir.

Cette lecture rejoint d’ailleurs la récente prise de position du Bureau du département d’État américain pour l’hémisphère occidental, qui impute clairement l’instabilité chronique d’Haïti non pas à sa culture, à son peuple ou à ses institutions, mais à des politiciens corrompus accusés d’instrumentaliser le chaos et les groupes armés pour se maintenir ou revenir aux affaires. Une déclaration sans détour, qui rompt avec les discours diplomatiques prudents du passé.

Dans le cas présent, la tentative d’éviction du chef du gouvernement, à un moment aussi sensible de la transition, soulève des interrogations sur les véritables motivations de ses instigateurs. Pour plusieurs analystes, ces manœuvres traduisent moins une volonté de redressement institutionnel qu’une lutte interne pour le contrôle de l’appareil d’État, au mépris de la stabilité nationale.

Parallèlement, plusieurs partenaires internationaux d’Haïti ont réaffirmé leur attachement à tout processus crédible visant à stabiliser le pays. Les États-Unis, la France et la délégation de l’Union européenne en Haïti ont, à travers diverses déclarations, insisté sur la nécessité d’une transition responsable, inclusive et orientée vers le rétablissement de l’ordre démocratique. Toutefois, ce soutien reste conditionné à une rupture claire avec les pratiques de déstabilisation et les arrangements politiques opaques.

À quelques semaines d’une date charnière de l’histoire politique haïtienne, le pays se retrouve ainsi face à un dilemme récurrent : continuer à subir les calculs d’une élite politique prompte à souffler sur les braises de la crise, ou engager, enfin, une dynamique où le pouvoir se fonde sur la légitimité populaire et le respect des règles démocratiques.

Dans un contexte où la population paie déjà un lourd tribut à l’insécurité et à la précarité, toute nouvelle crise politique apparaît comme une faute grave. Plus que jamais, la stabilité d’Haïti dépendra de la capacité de ses dirigeants à privilégier l’intérêt national sur les ambitions personnelles, et à rompre définitivement avec la politique du chaos.

Dieunel Bellegarde